préparer sa consultation
avec l'ophtalmologue






Le médecin ophtalmologue n'est pas pressé ; mais son temps est précieux, qu'il vous est possible d'utiliser au mieux au prix de préparatifs simples. Imaginons que vous n'êtes jamais venu(e) à mon cabinet (qu'il ne s'agit pas d'une consultation de contrôle d'une maladie chronique comme le glaucome, par exemple). Vous avez abandonné votre téléphone cellulaire dans le coffre de votre automobile, elle-même non garée sur une place réservée aux handicapés, sauf si vous l'êtes réellement.

Ma première question sera : "que vous arrive-t-il ?" ; vous me répondrez le motif de votre consultation. Il en existe parfois deux, voire trois, qu'il faut hiérarchiser.

Il arrive souvent que vous soyez adressé, soit par un confrère médecin généraliste ou spécialiste (endocrinologue), soit par un collègue ophtalmologue (pour avis, ou pour chirurgie), soit par un opticien, le plus souvent avec une lettre qu'on vous aura confiée : ne l'oubliez pas à la maison ! et s'il-vous-plaît, présentez-la moi avant que j'en devine l'existence !

L'ophtalmologie étant nécessairement optique, toujours médicale, parfois chirurgicale, je commencerai par mesurer la puissance de vos verres de lunettes : ayez la prévenance de les avoir lavés ! à l'eau tiède et au savon ; sinon, ils ne passeront pas dans mon appareil de mesure (appelé "frontofocomètre"). Bien que la contactologie ne soit pas ma tasse de thé (j'ai d'excellentes correspondantes ophtalmologues qui font ça très bien), je suis éventuellement capable de vous dépanner d'une prescription en modulant la puissance de vos lentilles, sous réserve que vous possédiez leurs références précises.

Si l'histoire de vos symptômes ou de votre maladie est longue ou compliquée, il est utile d'avoir préparé votre dossier, ou à tout le moins un "pense-bête", qui vous permettra de ne rien oublier. Je ne serai pas du tout vexé si vous m'expliquez que vous êtes allé consulter un confrère ; car sans approuver le "nomadisme médical", je comprends parfaitement qu'on désire recueillir un avis supplémentaire pour une maladie angoissante. Il m'est précieux de connaître les traitements oculaires déjà prescrits, qui m'aideront à comprendre le cheminement diagnostique de mes collègues, et aussi éventuellement à ne pas reproduire les mêmes errements.

L'ophtalmologue étant avant tout un médecin, vos antécédents personnels médicaux (et chirurgicaux) m'intéressent, et donc aussi la liste des médicaments auxquels vous êtes astreint, qu'il est préférable d'avoir préparée (à défaut de la savoir par cœur). Par exemple, je ne pourrai pas vous prescrire de bêta-bloquant en collyre si vous êtes asthmatique ; a contrario, un bêta-bloquant qu'on vous aura prescrit pour une insuffisance coronarienne ou une hypertension artérielle (ou pour une migraine ou une autre maladie) vous aura décapité un glaucome chronique : je comprendrai alors pourquoi votre papille optique est abîmée, alors que votre pression oculaire est normale. Si pour cette même maladie je dois vous prescrire un diurétique particulier, il vous faudra diminuer voire arrêter vos autres diurétiques. Certains anti-histaminiques en cachets, efficaces dans l'allergie (oculaire), ont des propriétés hypnotiques qui permettront parfois de remplacer vos somnifères ; ces derniers, comme tous les psychotropes, suffisent souvent à expliquer une insuffisance de convergence, pour laquelle une rééducation orthoptique s'avèrera inefficace. Pour certaines chirurgies, la suspension des anti-coagulants oraux est indispensable. Les diabétiques "de type 2" doivent obligatoirement connaître leur poids, et ceux "de type 1" leur dernière hémoglobine glycosylée. Si vous êtes porteur du virus de l'hépatite C ou du SIDA et que vous envisagez de vous faire opérer, il est loyal -et obligatoire- de le signaler.

Vos antécédents familiaux sont souvent intéressants aussi, car l'ophtalmologie -optique et médicale- est en grande part liée à la génétique.

Si vous m'emmenez votre jeune enfant (3 à 4 ans est l'âge idéal) pour un contrôle visuel (dépistage de l'amblyopie), enseignez-lui les chiffres pendant la semaine qui précède la consultation (avec des éléments magnétiques colorés sur la porte du frigo !) : la mesure de l'acuité visuelle en sera plus précise. Si leur mémorisation est imparfaite, ne vous inquiétez pas : j'ai préparé pour votre chérubin ce test qu'il adorera.

Grâce à ces petits préparatifs, quelques minutes seront gagnées ; et surtout votre consultation et la tenue de son observation (tout acte médical étant obligatoirement écrit) gagneront en qualité.



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