L'herpès oculaire





L'herpès oculaire est une maladie fréquente et grave, expression d'un conflit entre un virus et un "terrain" (cette dernière notion étant essentiellement d'ordre génétique). C'est la première cause de cécité d'origine cornéenne dans les pays "développés". A priori, on ne guérit pas d'un herpès ; c'est une maladie chronique, une première manifestation étant souvent suivie de récidive(s). L'avènement des antibiotiques anti-viraux (depuis les années 1980 environ) a heureusement bouleversé le pronostic de cette maladie.

Le virus de l'herpès est ubiquitaire, et contagieux par contact. La biologie distingue les types 1 et 2. L'herpès n°1 se développe le plus souvent au-dessus de la ceinture, donnant l'herpès oculaire et le "bouton de fièvre". L'herpès n°2 sévit en principe au-dessous de la ceinture : c'est l'herpès génital, maladie vénérienne (sexuellement transmissible) en forte progression, que l'on retrouve parfois dans l'œil. L'auto-inoculation est aussi possible : il ne faut pas se tripoter des vésicules cutanées (bouton de fièvre) et se frotter l'œil ensuite. Après avoir éventuellement touché une lésion herpétique, il faut se laver les mains (à l'eau tiède et au savon).

Au début, l'herpès oculaire provoque souvent une kératite superficielle (infection de la cornée) d'aspect spécifique ; ou bien une kérato-conjonctivite (infection de toute la surface oculaire) ; parfois une conjonctivite d'aspect banal. On dit donc que cette atteinte oculaire est protéïforme. Les corticoïdes en collyre sont à ce stade absolument contre-indiqués, car ils sont immuno-dépresseurs. Les symptômes sont un œil rouge, douloureux et photophobe, avec sensation de grain(s) de sable. Il faut en urgence consulter l'ophtalmologue.

Lors des récidives, il s'agit d'une kérato-uvéite, c-à-d. d'une kératite profonde associée à une inflammation intra-oculaire (que j'appelle volontiers "rhumatisme de l'œil") ; le virus s'est alors réfugié en profondeur dans un petit ganglion nerveux derrière l'œil, et il est désormais impossible de l'éradiquer. Les symptômes sont les mêmes, éventuellement associés à une baisse visuelle : à chaque récidive, le virus resurgit et grignote un peu plus la cornée qui se trouble. Parfois, les antibiotiques anti-herpétiques ne suffisent pas à traiter la kératite, et l'ophtalmologue est alors contraint d'y associer des corticoïdes pour leur puissant pouvoir anti-inflammatoire.

Au fil des récidives, cette maladie peut devenir chronique, et nécessiter un traitement quotidien astreignant, auquel il faut absolument se plier avec discipline ; la maladie possédant une espèce de génie malin avec lequel il ne faut pas jouer. Sont incriminés comme facteurs de récidive : la fatigue, le stress, l'ensoleillement.

Le traitement médical fait appel : toujours aux antibiotiques anti-viraux spécifiques, en application locale (pommade ophtalmique) ou en comprimés ; très souvent à l'atropine, qui dilate la pupille et rend la vision floue, surtout de près, mais qui soulage la douleur et aide l'œil à guérir de sa poussée herpétique ; parfois aux corticoïdes en collyres, mais alors toujours sous couverture antibiotique spécifique efficace. Au bout de nombreuses années, ou bien si le traitement médical n'a pas été scrupuleusement respecté, l'atteinte cornéenne provoque une telle baisse de vision qu'il faut envisager la greffe de cornée. Le greffon est prélevé le plus souvent sur cadavre, parfois sur coma dépassé. Cette solution chirurgicale ne doit pas être considérée comme un simple échange standard de hublot ; car ensuite, au traitement anti-rejet (corticoïdes locaux) doit être associé le traitement anti-herpès (antibiotiques anti-herpétiques).

En attendant d'autres progrès pharmacologiques permettant d'espérer de guérir de l'herpès, il faut :
- d'abord éviter de le contracter ; ne pas embrasser quelqu'un qui a un bouton de fièvre, par exemple, même sur la joue (...)
- quand on a attrapé l'herpès oculaire, consulter en urgence l'ophtalmologue à chaque poussée ; il est préférable de s'auto-traiter immédiatement par des antibiotiques anti-viraux spécifiques, plutôt que d'attendre quelques jours sans traitement une consultation ; puis obéir consciencieusement au traitement de l'ordonnance, même s'il est contraignant
- éviter de s'auto-contaminer (l'herpès oculaire bilatéral existe), et de contaminer autrui.



photographie d'herpès cornéen superficiel

photographie d'herpès cornéen profond

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