le décollement de la rétine






Le décollement de la rétine est une maladie redoutable ; en ce sens que malgré la chirurgie, son pronostic est obligatoirement réservé ; et que sans chirurgie, c'est la cécité assurée à court terme -de l'œil atteint-.
Cette maladie est relativement rare (10000 cas par an en France environ ; un ophtalmologue en examine en moyenne 3 cas /an).
Son nom est explicite : la pellicule-photo de l'œil -ou bien le tissu de pixels, comme on veut- se décroche de la paroi interne concave de cet organe à-peu-près sphérique.
La science médicale ne sait pas dire pourquoi, mais sait dire comment la rétine se décolle : le décollement de rétine est toujours précédé de déchirure ou de trou rétinien ; lesquels sont dus au décollement du corps vitré -qui en vieillissant, se décolle de la rétine-. Le décollement du vitré est donc un phénomène physiologique (normal), qui souvent se déroule autour de l'âge de la presbytie (vers 50 ans), mais parfois beaucoup plus tôt (surtout chez les myopes), ou bien plus tard. Le décollement du vitré se déroule en plusieurs phases ; le plus souvent asymptomatique (on ne s'en rend pas compte), il peut provoquer des mouches volantes, des phosphènes (vision de lucioles, voire d'éclairs), parfois une vision de pluie de suie qui traduit une hémorragie intra-vitréenne. Si donc on ressent ces symptômes, il faut consulter en urgence afin de dépister la complication du décollement du vitré, à savoir la déchirure ou le trou de la rétine, que l'on traite au laser.
Il y a une population statistiquement prédisposée au décollement de rétine :
- tout d'abord, les myopes, surtout à partir d'un certain degré de myopie ; les myopes ont de grands yeux, et tout se passe comme si leur rétine (dont la surface est proportionnelle au carré de la longueur de l'œil) se distendait et craquait, offrant à examiner des aspects particuliers de dentelle rétinienne appelée "palissade"
- ensuite, les opérés de cataracte, en particulier quand ils ont été traités au laser YAG
- enfin, les traumatismes oculaires (perforations, mais aussi contusions).
La connaissance de cette population permet de cibler le dépistage des lésions rétiniennes dangereuses (déchirures, trous, palissades), afin de les traiter efficacement, en principe au laser, parfois avec un complément de cryothérapie (sous anesthésie locale). Ce traitement constitue donc la prévention du décollement de rétine ; pour être efficace, il doit être réalisé selon une technique rigoureuse.
Il apparaît donc logique d'examiner la rétine des myopes quand leur œil a fini de croître, c'est-à-dire vers 30 ans ; des futurs opérés de cataracte ; ainsi que des yeux traumatisés.
La médecine n'étant pas une science exacte, il arrive relativement souvent que des personnes sans aucun facteur de risque décollent leur rétine quand-même ...
À cette notion de terrain prédisposé s'additionne celle de facteur déclenchant : les éclairages prolongés et violents que représentent les journées les plus longues (solstice d'été) et la réverbération du soleil sur la neige.
Le symptôme du décollement de rétine est univoque : une lunule opaque sur le coin de la vue ampute progressivement le champ visuel périphérique d'un œil, qui grossit en quelques jours pour donner un nuage noir qui menace l'axe visuel, puis l'englobe si l'on tarde à consulter ; quand toute la rétine est décollée, l'œil ne voit plus rien du tout, même pas la lumière. Il faut consulter très rapidement.
Le décollement de rétine (pas plus que la cataracte) ne se soigne jamais au laser, mais nécessite une opération chirurgicale, simple dans son principe, souvent complexe dans sa réalisation, et aléatoire dans ses résultats. Celle-ci s'organise en semi-urgence, souvent après une journée de repos dans une position adaptée à chaque décollement.
Le but est simple : il faut obturer toutes les déhiscences (trous et déchirures).
La méthode fait appel à deux types de techniques :
- la technique externe, qu'il faut toujours préférer quand c'est possible, qui consiste à coudre sur la paroi de l'œil une espèce de pansement qui indente (appuie) ; personnellement, j'utilise des petits boudins d'éponge de silicone, car c'est un matériau éprouvé
- la technique interne, plus agressive et plus risquée, qui consiste à ôter du vitré pour pouvoir injecter dans l'œil une bulle de gaz qui fait contention ab interno ; l'hexafluorure de soufre (SF6), que j'utilise, reste dans l'œil une semaine.
Le collage de la rétine au fond de l'œil se fait par cryothérapie, éventuellement complétée par laser post-opératoire ; si le liquide sous-rétinien est trop volumineux pour permettre l'occlusion de toutes les déhiscences, il est ponctionné.
L'opération dure entre 45 minutes et 2 heures, sous anesthésie locale ou générale.
Le pourcentage de succès est entre mes mains de 90% ; ce qui signifie que l'on subit 10% d'échecs (cette performance, que je vérifie chaque année, est conforme aux statistiques des bons centres spécialisés). L'échec nécessite une ré-intervention. En pratique, il est fréquent d'être guéri au bout d'une seule opération, mais deux interventions ne sont pas rares du tout ; et au bout de trois, si la rétine est recollée, le malade et moi-même sommes très heureux ; sinon en principe, je considère que la maladie a été plus forte que le médecin, et nous abandonnons.
L'hospitalisation dure environ une semaine ; les douleurs post-opératoires sont modérées et bien maîtrisées par des antalgiques puissants systématiques ; mais cette maladie est psychologiquement éprouvante, probablement en raison de l'incertitude qui pèse sur son issue.


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Un problème bien posé étant à moitié résolu, l'examen pré-opératoire du décollement de la rétine revêt une importance capitale ; la plupart des chirurgiens se disciplinent à dessiner les décollements à-peu-près comme ceci :




On dit que ce décollement s'étend de 1 heure 30 à 6 heures. C'est un œil gauche (vu de face), le nombre 11 (à votre droite) étant du coté de la tempe du malade (son nez à votre gauche) ; ce chiffre a été écrit par la panseuse pendant l'intervention, alors que ce dessin était scotché sur le microscope, accessible à mon regard. L'aire décollée est coloriée en bleu pâle, rehaussé par mon "aérographe" ; elle inclut la macula (l'axe visuel qui offre le regard et la vision précise, repéré par un point entouré d'un petit cercle rouge), et se trouve limitée par le nerf optique (au milieu du dessin, d'où partent, très schématiquement dessinés, les vaisseaux sanguins de la rétine). Ce décollement, qui intéresse le tiers de la superficie du fond de l'œil, est dû à 3 déchirures "en fer à cheval", alignées de 3 à 4 heures 30 ; j'ai repéré leur coordonnée polaire (leur profondeur) pendant l'intervention, à 11 millimètres de la limite entre la cornée (hublot transparent au travers duquel on voit l'iris et la pupille) et le blanc de l'œil, limite appelée "limbe". La plage rose pâle, la plus étendue, est la rétine non décollée ; elle rappelle l'effet "œil rouge" des photos prises avec flash, que les logiciels de photos numériques permettent de gommer facilement. Dans les rectangles blancs figuraient les nom et prénom ; sous ceux-ci, la date, puis la longueur de l'œil (LOG = Longueur Oeil Gauche), celle-ci étant élevée, car le patient était myope. Cette mesure m'aide à estimer la quantité de liquide sous la rétine, et à décider certains détails techniques.

Voici photographiées les deux plus grosses déchirures (sur 3 et 4 heures), dans un miroir adossé à une lentille de contact particulière (appelée "verre à 3 miroirs"), dont le plan est penché selon la diagonale de l'image qui monte vers la droite ; j'aurais pu les remettre à l'endroit avec mon logiciel photo, mais ai préféré les laisser ainsi, pour faire comprendre que nous sommes obligés d'imaginer la réalité, et de dessiner "en miroir".






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"La santé est un bonheur dont on ne jouit que lorsqu'on l'a perdu, puis recouvré"
(proverbe)

photographie de décollement de rétine

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