La notion d'angle irido-cornéen étroit est confuse même chez nos confrères les médecins généralistes, car elle est complexe ; et l'on voit traîner un peu partout, en particulier dans les prospectus de plein de médicaments (et donc dans le sacro-saint "Vidal") : "médicament contre-indiqué en cas d'hypertrophie de la prostate ou de glaucome à angle étroit". Pour la prostate, c'est vrai, mais pour le glaucome, c'est faux ; car si l'ophtalmologue a porté le diagnostic de "glaucome à angle étroit", c'est :
- soit à la suite d'un glaucome aigu, qui donne un tableau explosif d'œil rouge, glauque, et très douloureux, alors pris en charge en urgence, d'abord médicalement, puis chirurgicalement "à ciel ouvert", ou le plus souvent au laser
- soit à la suite du dépistage d'un glaucome chronique à angle étroit, dont le traitement associe le plus souvent l'iridotomie au laser, parfois l'instillation quotidienne de collyre à la pilocarpine faiblement dosée, au traitement anti-glaucomateux classique.
Dans un cas comme dans l'autre, l'œil est protégé ; et médecins généralistes, psychiatres, gastro-entérologues, anesthésistes ... peuvent prescrire par voie générale (orale, intra-veineuse, intra-musculaire) tous les médicaments parasympaticolytiques nécessaires.
En réalité, plus que par une mydriase passive (parésie du sphincter de l'iris), la fermeture d'un angle irido-cornéen étroit est induite par une mise en tension du rideau irien : cette dernière nécessite la contraction concommittante du dilatateur de la pupille (fibres musculaires radiaires périphériques dépendant du système neuro-végétatif sympathique), et du sphincter de la pupille (système neuro-végétatif para-sympathique). Cette théorie valide la notion classique qu'un glaucome aigu peut être déclenché par une émotion forte (décharge d'adrénaline) ; et explique que de banals "petits" collyres vasoconstricteurs, vendus comme "produits conseils" en pharmacie pour les "conjonctivites" puissent provoquer d'authentiques glaucomes aigus.


chambre antérieure de l'œil étroite


L'angle irido-cornéen est un angle dièdre, c-à-d. formé par 2 plans (comme entre votre mur et votre plafond) ; il est délimité par la face avant de l'iris, ici éclairée par la fente lumineuse de la lampe du microscope de consultation, et la face postérieure de la cornée. Il est ici patent que la profondeur de la chambre antérieure de l'œil (petit trait rouge) est plus faible que l'épaisseur de la cornée (petit trait bleu), et donc que le fameux "angle irido-cornéen" est étroit.
Cette dame m'avait été adressée par son médecin généraliste pour des épisodes de vision trouble de son œil gauche, associés à des maux de tête de ce même côté ; à ma consultation, la pression oculaire était "limite", la papille optique pratiquement normale, mais l'angle irido-cornéen (examiné avec une lentille de contact particulière appelée "gonioscope") franchement étroit : elle a donc eu droit à son iridotomie au laser bilatérale.


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